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Historique
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LE PREMIER COLLOQUE DE POISSY (1561)
« La conscience est de telle nature qu’elle ne peut être forcée, mais doit être persuadée par vraies et suffisantes raisons ».
Telle fut la parole inaugurale d’un homme qui était Chancelier de France, Michel de l’Hospital (1504-1573). Sa fonction réunissait à peu près celle d’un premier Ministre et celle d’un garde du sceau, le sceau qui validait les édits royaux.
Cet homme, dont on peut voir l’aspect physique sur notre page d'accueil, avait dans sa jeunesse fréquenté l’académie platonicienne de Padoue, où l’on cultivait des qualités que nous dirions aujourd’hui maçonniques, l’égalité absolue entre les individus, le libre débat.
Il avait fait carrière au Parlement. Le roi d’alors, Henri II avait pour épouse Catherine de Médicis. Il avait choisi comme favorite, Diane de Poitiers. Or Michel de l’Hospital avait osé faire une remontrance au Parlement parce que cette Diane était un peu dépensière et se mêlait beaucoup des affaires de l’Etat. Après la mort d’Henri II, lorsque le Chancelier Olivier démissionna, on dit que ce sont les Guise qui ont fait nommer Michel de l’Hospital. On peut se demander aussi si Catherine de Médicis, devenue Reine Mère, n’avait pas plutôt trouvé des qualités à cet homme qui avait bravé les amours parallèles de son mari.
Mais dans ce renouveau de la pensée, dans cet essor artistique exceptionnel, la France avait un problème. Le nombre des protestants augmentait sans cesse, probablement plus de 20 % de la population totale. Les esprits de l’époque s’échauffaient. Malgré Rabelais, malgré Villon, malgré Montaigne, malgré Michel de l’Hospital qui allait à la messe, mais dont le femme et la fille fréquentaient le culte protestant, la majorité, comme aujourd’hui, était conformiste.
L’idée de Michel de l’Hospital était de réunir des prélats des deux bords et de trouver un accord. Optimiste, évidemment. La reine mère et la tête politique des Guise, le Cardinal de Lorraine (oui, ces gens étaient des immigrés) n’avouaient pas leur idée centrale. Si l’on pouvait mettre d’accord ces pointilleux théologiens et créer une Eglise de France, indépendante du pape ? Le Concile de Trente n’en finissait pas de subir des ajournements successifs. Pourquoi ne pas réunir un Concile de France ? Et le Colloque a bien failli s’appeler Concile. Nous avons déjà des convents (qui, jusqu’au XVIIème siècle en français, et en anglais d’où le mot vient sans doute, signifie couvent). Nous aurions eu le deuxième Concile de Poissy.
Il suffisait de réunir les principaux chefs catholiques et protestants, plus quelques prélats, pour qu’ils mettent fin à leurs querelles que certains croyaient futiles et le tour serait joué.
C'était compter sans le Pape. Pour lui faire plaisir, on décida d’appeler cela un colloque, étymologiquement un endroit où l’on parle ensemble. Mais l’idée gallicane persistait.
Le Colloque s’ouvrit donc le 9 septembre 1561 dans le grand réfectoire de l’Abbaye de Poissy. (On ne visite pas, cette partie de l’édifice n’existant plus : on a posé simplement une plaque sur ce qui reste du bâtiment.)
Il y avait là le roi Charles IX, un enfant de neuf ans, son frère, le futur Henri III,
le premier prince du sang, Antoine de Bourbon, père du futur Henri IV (ce dernier avait à peu près l’âge du roi), la femme d’Antoine, Jeanne d’Albret, reine de Navarre, activement calviniste, le Cardinal de Lorraine bien sûr, ainsi que beaucoup de beaux seigneurs, catholiques et protestants.
Et puis des prélats. De nombreux catholiques étaient assis confortablement. Quant aux prélats protestants, ils étaient debout. Que voulez-vous ces gens n’étaient pas comme les autres. Ils étaient généralement calvinistes et Michel de l’Hospital avait essayé de persuader Calvin de venir en personne (oui, il vivait encore). Le synode de Genève refusa. Il craignait, mais les esprits sont mal tournés, qu’on lui fît un mauvais coup. Théodore de Bèze, l’intellectuel du lot, prit sa place. Il se tenait très droit, mais de temps en temps il demandait qu’on interrompît la séance pour prier à genoux. Je respecte les prières, mais me suis demandé si la manœuvre n’avait pas aussi pour but de défatiguer ses coreligionnaires dont la station debout était pénible pendant des heures et des heures.
Dans la journée, on en arriva à l’essentiel, les différences religieuses. Elles se heurtèrent sur la différence entre consubstantiation et transsubstantiation.
Il est écrit dans Matthieu par exemple : « Jésus prit du pain … et le donna à ses disciples en disant : Prenez, mangez, ceci est mon corps » (26,26). Et pour le vin « Ceci est mon sang ». (26,28). Les catholiques, veulent que le pain béni soit réellement, physiquement le corps du Christ. C’est la TRANSsubstantiation, la Présence Réelle. Pour les calvinistes il s’agit d’une simple image, d’un rappel. C’est la CONsubstantiation. Aux adogmatiques, la solution aurait paru simple. Il s’agit d’un symbole et chacun est libre d’y mettre ce qu’il veut. Il paraît même qu’il y aurait des gens qui ne mettent rien du tout dans ce symbole. Mais la religion est dogmatique. Les catholiques furent outrés d’entendre Théodore de Bèze affirmer qu’entre le pain et le corps réel du Christ il y avait la distance de la terre au plus haut du ciel. Le Colloque fut interrompu.
Malgré deux tentatives de reprise du dialogue, on n’arriva pas à trouver un terrain d’entente. Michel de l’Hospital persévéra, réunit les prélats en petit comité. Rien n’y fit. On partit fâchés. Et plus de vingt ans de guerres de religion s’ensuivirent.
Il fallut l’exceptionnel Henri IV, qui ne paraissait pas attacher aux choses de la religion la même importance que d’autres, pour proclamer l’Edit de Nantes et devenir en quelques années, pour la première fois en France, hors hagiographie, un roi extrêmement populaire.
LE DEUXIEME COLLOQUE DE POISSY (2003)
En 2003, a été fondée l’Association du Colloque de Poissy (ACP) qui a pour but, dans une tradition d’ouverture, de tolérance et de partage de la pensée, de permettre la rencontre de chercheurs, de membres de la société civile et de citoyens, et d’en diffuser les débats au plus grand public par tout média adapté.
Pour y parvenir, elle organise une fois par an un colloque dénommé « Colloque de Poissy », en s'inspirant du premier Colloque de Poissy de 1561, en ce qu'il fut la première tentative historique d’échanger, dans le respect de convictions fondamentalement différentes, des arguments dans un but de compréhension mutuelle, de pacification et de progrès.
A l’époque, il s’agissait des représentants du pouvoir royal, de l’Eglise catholique et de la religion protestante. Aujourd’hui, les thèmes des colloques de l’ACP ont vocation à promouvoir la recherche intellectuelle, afin d’échanger, dans le respect des croyances et convictions de chacun, les opinions les plus diverses dans les champs de la philosophie, de l’éthique, de la morale, et des sciences humaines et sociales.
En 2003, le deuxième colloque de Poissy s'est donc réuni sur le thème "L'enfant avant la naissance". Depuis lors, établissant un rythme plus propice aux débats, la périodicité est devenue annuelle.
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